A l’occasion d’une échappée  à Barcelone, un peu comme en pèlerinage, mon estomac et mon cœur m'ont guidé jusqu’au marché de La Boqueria, le Mercado Saint-Joseph.

Avec sa grande halle qui se dresse toute de noir vêtue, impossible de le manquer. Le plus compliqué est peut-être de s’y rendre, car son accès par les Ramblas, « les Champs-Élysées » barcelonais relève du chemin de croix ! Mon conseil, empruntez les entrées à l’arrière du marché...

ADIOS petit primeur...

Par bus, vélo ou bateau, chaque jour c’est un flot incessant de touristes qui s’y rend. Des visiteurs qui, sans amour du produit, et souvent sans conscience, sont en train de tuer à petit feu ce joyaux catalan. D’année en année, la Street Food, cette tendance à consommer immédiatement les produits, a eu raison de La Boqueria. ADIOS, le petit primeur, le petit pêcheur... là-bas, les producteurs se sont vus prendre la place par des vendeurs qui ne proposent que des fruits prédécoupés sans âme, et un vulgaire jambon en cornet. Oui, en CORNET ! Quand le Belota devient du popcorn, je pleure !

Alors quand on se rend dans ce marché il est important de se rendre au cœur de la halle. Là, tel un reliquaire catalan ou un village d’irréductibles « gaulois aux castagnettes », une quinzaine de poissonniers, maraîchers, primeurs, cueilleurs de champignons, résistent aux attaques des touristes et aux sirènes des Tours Opérateurs. Alors, glissez-vous, après avoir passé des mètres et des mètres de linéaires de tapas industriels et de souvenirs « made in China », vous goûterez à un marché dans le marché. Ici, vos yeux et vos papilles en prendront pour leur grade et vous croiserez là, des Barcelonais, « des vrais ». 

Des produits d'exception...

C’est ici que vous trouverez les meilleurs oursins de la méditerranée, des escargots - plus petits que nos bourgognes – consommés avec une sauce divine, et c’est surement un des derniers endroits dans Barcelone où l’on en trouve. Pour les amateurs de champignons, un cueilleur propose des truffes d’Espagne au parfum délicat. Et puis surtout, je vous conseille d’aller acheter un jambon ibérique, Belota, d’au moins 24 mois d’affinage, c’est là ou il est le meilleur avec un parfum incroyable.

Jambons Iberico...

Ma préférence à l’intérieur de ce marché, se situe tout au bout, à la maison Xarcuteria Barrachina, maison familiale, qui loin des flux de touristes d’américains, qui ne font pas plus la différence entre un « jambon » qui n’a pas vu le soleil, et le vrai « Pata négra 100% Ibérico »… Là, chez les Barrachina, on est certain de l’origine. Quatre appellations à découvrir, qui se trouvent, toutes dans le Sud-Ouest espagnol. La première, Extremadura, est l’appellation la plus étendue ; ce n’est pas forcément ma préférée. Mon cœur, en balance pour l’appellation Huelva, appelée aujourd’hui Jabugo au territoire beaucoup plus petit, c’est là qu’on trouve le célèbre Cinto Jotas. La troisième appellation est celle de Los Pedroches, non loin de Cordou où l’on produit aussi un très bon jambon. La dernière appellation, Guijuelo, sans doute la plus connue d’Espagne provient de la province de Salamaque, je pourrais me damner pour cette dernière.

Un cri du coeur...

Mais revenons en à ce cri du cœur « Ils ont tués nos marchés ! ». De Barcelone, je me suis dit : « et chez nous, comment ça se passe ? » Et bien en France, c’est aussi un peut ça… on réouvre des marchés, c’est vrai ! Mais à quel prix et quelles conditions ? Souvent réouverts sous forme de vulgaire supermarché de la street-food… Ces concepts vendus clé en main aux mairies par des sociétés qui n’y connaissent pas plus en « marché » que bibi en dentelle de Calais… Des halles du Lez de Montpellier, au marché à Bordeaux, qui juste en face de la Cité du Vin n’a rien d’un marché. Là, au pied de ce temple du vin, une grande supérette de produits à consommer sur place, mais en aucun cas un marché comme on l’imaginait avant et comme on l’imagine encore. Là-bas ZÉRO producteur, juste des vendeurs mercantiles! C’est triste !

Allez pour se consoler, rappelons nous qu'il y a encore de vrais marchés, de vrais marchés couverts, de vraies halles Entre autre à Vannes, je me souviens de ses deux halles : la halle des Lices et la halle aux poissons, deux marchés qui se tiennent tête, dans la même cité, et qui malgré la taille de la ville de Vannes, sont pleins à craquer autant en exposants qu’en consommateurs.

Alors un peu déprimé, à la veille de quitter Barcelone, je me suis dit que pour le dernier jour j’allais faire un petit footing, me redonner du peps. Et c’est là, en direction du Parc Güell, dans ce quartier qui grimpe… grimpe… grimpe jusqu’à la colline où Gaudi s’est amusé.  Et bien c’est sur cette route que j'ai trouvé le petit marché – Mereat de l’Albaceria -, un marché où il reste encore des producteurs, des artisans. Un marché où l’on aime flâner, humer l’Espagne, un marché surtout où l’on peut remplir son cabas. Une bonne idée pour terminer ma dernière soirée en cuisinant, et ça cela n’a pas de prix !

Mais est-ce que finalement ce n’est pas de notre faute ? Notre péché de consommateur d’avoir voulu à tout prix acheter et consommer sur place les produits… Un peu comme tout le reste dans notre société ou dans un marché, on consomme vite… donnant naissance à des marchés « haut-débit », des marchés du fast-food, des marchés où l'on ne veut plus s'attarder. Plus le temps d’attendre, de rentrer chez soi pour cuisiner, on veut manger, goûter tout de suite les choses. Finalement, on repart du marché avec moins de sous dans la poche et rien dans le cabas !

Où est passé le temps du retour du marché où l’on salive d’avance de ce qu’on va déguster ! MERDE, un peu de désir ne fait pas de mal !

Loïc Ballet, 10/05/2019